Agglomération : Chronique d’une mort annoncée !

Un Comité d’Établissement extraordinaire de l’Usine de PAM s’est déroulé le 16 novembre dernier avec, à l’ordre du jour, « le projet d’arrêt de l’Agglomération et d’une Marche à 100 % pellets aux HFX ».
Cette annonce de la volonté de la Direction de fermer de manière définitive l’Agglomération de Dieulouard n’est pas une surprise pour la plupart des salariés concernés.

Rappelons que cette installation, construite il y a une cinquantaine d’année, était dimensionnée à la base pour servir les Hauts-Fourneaux de PAM, mais aussi de Neuves-Maisons et de Pompey.

La casse de la sidérurgie dans les années 80 a déjà fragilisé ce site et cette situation c’est encore plus accentuée avec la baisse des tonnages de fonte au trou de coulée que nous connaissons.

Notre capacité de production actuelle est de 660 000 tonnes d’aggloméré et correspond à une production de 375 000 tonnes de fonte liquide. Sur 2016 et 2017 l’Agglomération a fonctionné à 45 % de sa capacité.

De 2009 à 2017, la production d’aggloméré est partie de 672 000 tonnes pour atteindre 701 000 tonnes en 2010 puis tomber à 290 000 tonnes en 2017. Dans le même temps, la production de fonte est passée de 495 000 tonnes en 2009 à 215 000 tonnes en 2017.

Une fois le contexte de l’activité posé, la Direction a présenté un certain nombre d’éléments économiques, notamment une analyse sur l’évolution des matières premières, les différences de prix de revient entre l’aggloméré et les pellets ainsi qu’une comparaison des lits de fusion de différents Hauts-Fourneaux européens.

L’ensemble des éléments économiques et techniques sont strictement confidentiels au sens de l’article L.2325-5 du Code du Travail. Cependant, tout en respectant les obligations légales, la CGT va communiquer un certain nombre d’éléments permettant aux salariés de mieux appréhender ces questions.

Tout d’abord, les frais fixes supportés par l’agglomération sont supérieurs à 6 millions d’euros en y incluant les mises à niveau technique des installations. Les frais liés au transport par navette sont supérieurs aux salaires versés aux salariés. Ce coût de transport impacte grandement le prix de revient de l’aggloméré.

Ensuite, si l’on compare l’aggloméré avec les pellets uniquement sur l’aspect « coût des matières premières », les pellets sont plus chers de l’ordre de 14 € à la tonne de fonte.

Cependant, lorsque l’on y ajoute les frais fixes liés à l’Agglomération ainsi que l’impact CO2, la marche 100 % pellets permet un gain de l’ordre de 3,7 millions d’euros pour une production de 250 000 tonnes de fonte. D’ailleurs, moins l’on produit de fonte, plus la marche à 100 % pellets est économiquement rentable. Ainsi, il faudrait une production annuelle de 750 000 tonnes de fonte pour que la marche avec l’aggloméré redevienne économiquement rentable. Ce niveau de production n’est pas atteignable même avec les 3 Hauts-Fourneaux à feu.

En termes de sécurisation de fourniture de matière première, là-aussi, la balance penche en faveur d’une marche à 100 % pellets. En effet, compte tenu de nos contraintes techniques et de qualité, la direction a identifié au moins 3 fournisseurs susceptibles de pouvoir répondre au cahier des charges. En revanche, concernant la fourniture de minerai de base pour l’aggloméré, il n’y a plus qu’un seul fournisseur, qui plus est Mauritanien, avec toutes les incertitudes géopolitiques que cela comporte.

Côté qualité de la fonte, la marche à 100 % pellets permet de produire une fonte de meilleure qualité avec une quantité de laitier réduite et donc une consommation de coke moindre. Concernant l’impact sur la centrifugation, la qualité est améliorée sur les Grands Diamètres avec moins de risques de perlite. A la 6 mètres, aucun problème particulier une fois que les problèmes de dimensionnels de boîte à noyau seront réglés.

Face à ces éléments, la direction envisage la fermeture définitive de l’Agglomération de Dieulouard probablement courant juin 2018.
L’objectif de la direction est un arrêt avec 0 tonne de stock à Dunkerque et Dieulouard en sachant que les stocks actuels correspondent à 28 semaines de production.
Les mesures d’Activité Partielle concernant l’Agglo sont levées depuis le 17 novembre avec une activité normale permettant de produire la quantité d’aggloméré nécessaire jusqu’à la reprise des CP 2018.

A l’issue de cet arrêt, l’Agglomération sera mise sous cocon pour une durée d’un an renouvelable. Au cours de cette période, la direction va œuvrer afin de maîtriser les sources potentielles de pollution (vidange cuve de fuel …), sécuriser les accumulateurs et consigner électriquement les installations. Le site sera sécurisé par une société de gardiennage.

Mesures d’accompagnement du personnel …

37 salariés en contrat CDI (17 EDTAM, 21 ouvriers) seront impactés par la fermeture. 25 salariés travaillant en production, 12 en maintenance, 1 administratif. Des départs en retraite sont prévus en 2018, 2019 et 2020. Ils concernent 5 salariés.

La direction va proposer des reclassements à l’ensemble du personnel. Les besoins actuels sur St Gobain PAM permettent de proposer au moins deux postes à chaque salarié.

La direction souhaite appliquer l’accord de mobilité interne qui prévoit certaines dispositions concernant le maintien des salaires. Ainsi 24 salariés seront indemnisés à 100 % jusqu’à la fin de leur carrière, 14 salariés seraient amenés à subir éventuellement des pertes des salaires. La direction va organiser très rapidement des réunions d’information du personnel.

Position du syndicat Cgt :

La situation de l’Agglomération n’est pas une surprise pour la CGT et notre organisation se satisfait qu’une orientation claire ait été définie. Cela permettra aux salariés de ce secteur de pouvoir se projeter dans l’avenir et de retrouver des cycles stables.
L’argumentation économique de la direction est clair, net et sans appel. N’étant pas en capacité de produire 750 000 tonnes annuelles de fonte, l’agglomération ne retrouvera pas le chemin de la rentabilité. Dans la situation actuelle économique, nous ne sommes pas en capacité de faire l’impasse sur une économie de 3,7 millions d’euros.
Au cours de ce Comité d’Établissement extraordinaire, les élus CGT ont demandé le maintien à 100 % des salaires jusqu’à la fin de la carrière pour l’ensemble du personnel. Une réunion de négociation sur ce sujet se déroulera mardi 21 novembre. La position de la CGT se déterminera en fonction du résultat de cette négociation et de l’avis du personnel du secteur concerné.

Imprimer cet article Télécharger cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *